Agencia Prensa Rural
Plan du site
Suscríbete a servicioprensarural

L’Accord de Paix en Colombie sous la menace des groupes paramilitaires
Depuis la signature de l’Accord de Paix, les groupes paramilitaires élargissent leur présence, menacent la population et prennent contrôle des zones anciennement occupées par les FARC-EP. La substitution des cultures illicites devient le point d’inflexion entre la guerre et la paix en Colombie.
Mónica Arias Fernández / mardi 14 février 2017
 
JPEG - 70.5 ko
Le Noeud du Paramillo, réserve naturelle et zone de cultures illicites, entre les départements de Córdoba et Antioquia en Colombie.

Dans le département de Córdoba, au nord du pays, Yimer Cartagena et Hernán Agames, deux leaders paysans membres des Associations ASODECAS et ASCSUCOR ont été assassinés les 10 et 19 janvier 2017 par le groupe paramilitaire du « Clan Úsuga » associé à la structure des Autodéfenses Gaitanistes Colombiennes » (AGC). Au cours de l’année 2017, 11 leaders et défenseurs de droits humains ont été assassinés ; 80 furent assassinés durant l’année 2016. Les menaces contre les défenseurs des droits humains, les leaders des mouvements sociaux et des associations paysannes se multiplient dans tout le pays.

D’après l’Office des Nations Unies Contre la Drogue et le Crime, les cultures de coca ont doublé dans le département de Córdoba, passant de 560ha en 2014 à 1363ha en 2015. Dans le cadre de la mise en place du point 4 « réponse au problème des drogues illicites » de l’Accord de Paix signé par le Gouvernement Colombien et les FARC-EP, les associations paysannes se préparent à la substitution des cultures illicites. Elles organisent les familles afin de préparer leur adaptation à une nouvelle économie fondée sur l’exploitation des cultures vivrières. En revanche, la stratégie des AGC est de maintenir et d’élargir non seulement les cultures de coca mais aussi leur présence par leur contrôle des territoires anciennement occupés par les FARC-EP. Dans ce contexte, les groupes paramilitaires menacent et assassinent tout leader paysan encourageant la substitution des cultures illicites. Ce fut le cas de Yimer Cartagena, leader torturé et assassiné par les membres du Clan Úsuga des AGC. L’Accord de Paix promeut ainsi la sortie des cultures illicites, alors que les groupes paramilitaires défendent celles-ci à tout prix.

L’élargissement de la présence paramilitaire dans la région du Nœud de Paramillo (entre les départements de Córdoba et Antioquia) soulève la question du contrôle étatique du territoire. Il met en danger non seulement les communautés paysannes et les peuples autochtones de la région, mais aussi le processus de démobilisation des FARC-EP. « Si les paramilitaires déploient et élargissent leur présence et leurs crimes dans la région alors que nous sommes encore armés, qu’adviendra-t-il lorsque nous serons dans la vie civile ? » souligne le commandant « Ruben » du Front 58 des FARC-EP.

Le Gouvernement Colombien est en retard dans la construction et l’adéquation des Zones de Transition (ZVTN), dans lesquelles, sous 180 jours, les guérilleros seront accompagnés dans leur transition à la vie civile. Ce retard ainsi que l’inaction des Forces Armés Colombiennes vis à vis des paramilitaires suscite des doutes et met en danger le processus de paix par une démoralisation des guérilleros.

L’année 2016 a marqué l’histoire colombienne par la signature de l’Accord de Paix entre le Gouvernement Colombien et les FARC-EP ainsi que leur ratification populaire via plébiscitaire et parlementaire. L’année 2017 se profile ainsi comme l’année de mise en place de l’Accord de Paix. La présence paramilitaire et la corruption des élus politiques seront alors les grands obstacles à surmonter.